À propos d’Emile Darai : parcours, carrière et polémiques

24 décembre 2025

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A retenir
  1. Émile Daraï, professeur et chef du service gynécologie-obstétrique à l’hôpital Tenon (AP-HP), reconnu pour son expertise sur l’endométriose, a attiré des patientes nationales et influencé formation et parcours de soins.
  2. Depuis 2021, 32 mises en examen et 36 plaintes (viols, viols en réunion, violences) ont été recensées ; la commission interne de l’AP‑HP a dénoncé manquements au consentement et pratiques parfois brutales.
  3. Le maintien des consultations a suscité vives réactions : trois vœux du Conseil de Paris demandant l’arrêt, pétition de plus de 28 000 signatures, mobilisations féministes et critiques de la lenteur des instances disciplinaires.

Figure centrale de la gynécologie hospitalière française, Émile Daraï est longtemps apparu comme un spécialiste incontournable de l’endométriose avant de devenir l’un des symboles des violences gynécologiques et obstétricales dénoncées ces dernières années. Son nom est aujourd’hui associé à des mises en examen multiples, à des plaintes de patientes et à un vif débat sur la protection du public face aux dérives possibles dans le soin. Comprendre son parcours, sa carrière à l’hôpital Tenon et l’ampleur des polémiques permet de saisir un tournant majeur dans la relation soignants-patientes en France. Cet éclairage retrace les faits, les positions des institutions comme l’AP-HP et l’Ordre des médecins, ainsi que les mobilisations citoyennes autour de cette affaire.

Parcours hospitalier d’Émile Daraï et rôle à l’hôpital Tenon

Avant de se retrouver au cœur de la controverse, Émile Daraï a bâti une carrière classique de professeur de médecine et de gynécologue-obstétricien. Il a dirigé le service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital Tenon, au sein de l’Assistance publique–Hôpitaux de Paris (AP-HP), et s’est imposé comme une référence dans la prise en charge de l’endométriose, pathologie longtemps sous-estimée. De nombreuses patientes étaient orientées vers lui pour des situations complexes, persuadées de consulter l’un des meilleurs spécialistes.

Cette position lui a donné un poids considérable dans la formation des internes, les conférences scientifiques et l’organisation des soins. Le centre d’endométriose de Tenon, qu’il dirigeait, attirait des femmes venues de toute la France. C’est précisément dans ce cadre de notoriété et d’ascendant médical que les premières critiques ont surgi, rendant le contraste entre prestige académique et témoignages de souffrance encore plus marquant.

Un spécialiste reconnu de l’endométriose

Dans les années où la maladie commence à être mieux médiatisée, le nom d’Émile Daraï est régulièrement cité dans les congrès, articles scientifiques et émissions de santé. Son expertise est sollicitée pour structurer des parcours de soins, notamment au sein de Sorbonne Université, avec laquelle l’hôpital Tenon est lié. Pour beaucoup de patientes, obtenir un rendez-vous avec lui représentait un espoir de soulagement face à des douleurs invalidantes.

Cette reconnaissance a cependant créé un déséquilibre de pouvoir très fort. Certaines femmes décrivent a posteriori la difficulté de remettre en question les pratiques d’un médecin présenté comme « la référence » dans son domaine. Ce contexte rend d’autant plus sensible la question du consentement et de l’information délivrée pendant les examens.

Les contenus vidéo disponibles en ligne ont largement contribué à faire connaître à la fois le travail de ce service et, plus tard, les controverses qui l’ont touché.

De la reconnaissance aux mises en examen : chronologie des accusations et enquêtes

Le basculement se produit au début des années 2020, dans un climat où les violences obstétricales sont de plus en plus dénoncées par les patientes et les collectifs féministes. À partir de 2021, plusieurs femmes déposent plainte contre Émile Daraï pour viols et violences. Une enquête préliminaire est ouverte, notamment pour « viol par personne ayant autorité sur mineur de plus de 15 ans », puis élargie à des faits de viol en réunion.

Au fil des mois, le nombre de plaignantes augmente. Les auditions conduisent à une série de mises en examen pour « violences volontaires par personne chargée d’une mission de service public ». Au total, 32 mises en examen sont recensées, tandis que 36 plaintes évoquent des viols, viols en réunion ou sur mineure. Même si la qualification pénale de viol n’est pas retenue à ce stade par l’instruction, ces chiffres signalent une gravité exceptionnelle.

La commission d’enquête interne de l’AP-HP et ses conclusions

Face à l’afflux de témoignages, la direction de l’AP-HP-Sorbonne Université met en place, en septembre 2021, une commission d’enquête interne composée de quatre profils : un gynécologue-obstétricien, un médecin universitaire, un représentant des usagers et un cadre administratif. Leur rapport, remis quelques semaines plus tard, pointe des manquements lourds dans la façon dont les consultations sont menées.

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Le document estime que l’information délivrée aux patientes, la prise en compte de leur douleur et le respect de leurs souhaits n’ont pas été correctement assurés. Il décrit des consultations « standardisées, rapides, techniques », marquées par un style de pratique parfois brutal et sans empathie, assimilable à une forme de maltraitance. Si la commission dit ne pas avoir identifié de « connotation sexuelle » dans les gestes, elle relève des défauts majeurs dans le recueil du consentement, en particulier pour les actes invasifs.

À la suite de ces constats, Émile Daraï est démis de ses fonctions de chef de service et privé de ses responsabilités pédagogiques, notamment pour les stages cliniques. Néanmoins, il reste autorisé à exercer comme praticien hospitalier, sous des conditions précises.

Les reportages audiovisuels consacrés à cette commission ont joué un rôle clé pour rendre visibles des pratiques longtemps confinées à l’intimité des consultations.

Les conditions imposées aux consultations après les accusations

Pour continuer à recevoir des patientes, le gynécologue est placé sous contrôle judiciaire. Le juge interdit notamment toute consultation privée de gynécologie, limitant son activité au cadre hospitalier, plus facilement contrôlable. L’AP-HP affirme se conformer strictement à ces mesures, rappelant que le magistrat instructeur est le seul à disposer de l’intégralité du dossier.

Les conditions des rendez-vous à l’hôpital sont alors réorganisées :

  • présence obligatoire d’un personnel soignant (sage-femme, infirmière…) pendant chaque consultation ;
  • recueil explicite du consentement des patientes avant tout acte, avec traçabilité écrite dans le dossier médical ;
  • vigilance accrue de la direction médicale sur le déroulement des consultations et sur les retours des patientes.

Ces garde-fous, pensés comme une réponse d’urgence, ouvrent un débat plus large : dans quelle mesure peuvent-ils suffire à protéger les femmes alors que les procédures pénales sont toujours en cours ?

Polémiques, réactions politiques et mobilisations citoyennes autour du cas Daraï

Au-delà du seul parcours d’Émile Daraï, l’affaire cristallise un rapport de force entre pouvoirs publics, institutions de santé et mouvements féministes. À partir de décembre 2022, le Conseil de Paris se saisit officiellement de la question. À trois reprises, les élus votent à l’unanimité un vœu demandant l’arrêt total des consultations du gynécologue à l’hôpital Tenon, par « principe de précaution » et pour protéger les patientes.

Des élues comme Emmanuelle Rivier ou Anne-Claire Boux s’expriment publiquement, insistant sur la gravité des 32 mises en examen, qu’elles considèrent comme des « indices graves et concordants ». La municipalité interpelle directement l’AP-HP et le Conseil national de l’Ordre des médecins, estimant que le maintien de l’activité de ce praticien dans un hôpital public envoie un message délétère aux victimes présumées.

Pression sur l’Ordre des médecins et comparaisons avec d’autres affaires

Un des nœuds de la polémique concerne la lenteur perçue de la réaction de l’Ordre des médecins face au dossier Daraï. Malgré des signalements répétés, les patientes et militantes ont le sentiment d’un silence institutionnel. Les élus parisiens soulignent le contraste avec d’autres situations où des médecins ont été suspendus à titre conservatoire pour des accusations d’agression sexuelle, parfois en quelques jours, sur décision d’une Agence régionale de santé (ARS).

Dans le Cher, par exemple, un praticien mis en cause a vu son droit d’exercer suspendu pendant cinq mois dans l’attente des suites disciplinaires et judiciaires. Ces comparaisons alimentent une interrogation : pourquoi un spécialiste aussi exposé que Émile Daraï, mis en examen à 32 reprises, continue-t-il à exercer, même sous contrôle ?

Élément clé Affaire Émile Daraï Cas de médecin suspendu par une ARS
Nature des accusations Violences volontaires, plaintes pour viols Agressions sexuelles présumées
Lieu d’exercice Hôpital public (Tenon, AP-HP) Cabinet ou structure de ville
Mesure conservatoire Contrôle judiciaire, mais poursuite des consultations hospitalières Suspension immédiate du droit d’exercer par l’ARS
Réaction des élus locaux Trois vœux du Conseil de Paris demandant l’arrêt des consultations Moins de médiatisation politique
Impact symbolique Affaire emblématique des violences gynécologiques Cas local, peu médiatisé

Ce parallèle illustre combien l’affaire Daraï questionne la cohérence des réponses disciplinaires et la manière dont le statut et la notoriété d’un médecin peuvent influer sur les décisions.

Mobilisation des collectifs féministes et prise de parole des patientes

Autour de cette affaire, des collectifs comme Nous Toutes ou StopVOG (Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques) jouent un rôle majeur. Manifestations, tribunes, témoignages filmés : les militantes s’emploient à rendre visibles des récits longtemps tus, à l’image de femmes décrivant des examens effectués « comme si elles n’étaient qu’un bout de viande ». Une pétition en ligne exigeant la suspension d’Émile Daraï recueille plus de 28 000 signatures.

Ces actions ne concernent pas seulement une personne, mais dénoncent un système où la douleur des patientes est banalisée et leur parole trop facilement relativisée. Pour beaucoup, la persistance des consultations de ce gynécologue à Tenon, malgré les chiffres des mises en examen, symbolise un retard de la médecine à intégrer pleinement les exigences de consentement, d’écoute et de respect de l’intimité.

Au fil du temps, l’affaire Daraï est devenue un repère dans les discussions sur la manière d’humaniser les soins gynécologiques et de mieux protéger les personnes vulnérables face à l’asymétrie de la relation médecin-patiente.

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Romane Blanchard

Passionnée par le bien-être et la santé au naturel, je suis Naturopathe avec 49 ans d'expérience de vie. Mon approche personnalisée vise à accompagner chacun vers un équilibre harmonieux, en mettant l'accent sur une alimentation saine, des techniques de relaxation et des remèdes naturels. Ensemble, cultivons votre vitalité !