A retenir
- Parcours marqué par l'exil et la précarité (squats, sans-papiers), arrivée à Paris à 17 ans, études de cinéma; ces expériences forgent son féminisme centré sur logement, dignité et justice sociale.
- Engagement collectif : syndicat UNEF, Osez le féminisme!, cofondatrice des Effronté-es, figure de #NousToutes; actions symboliques (die-ins), pétitions et tribunes pour budgets et protections concrètes contre les violences.
- Féminisme intersectionnel : défense des femmes voilées, des femmes trans, des migrantes et des travailleuses précaires; revendique IVG, PMA pour toutes, convergence avec luttes antiracistes, sociales et écologiques.
Fatima Benomar incarne un féminisme profondément ancré dans l’expérience vécue : précarité, exil, sans-papiers, violences sexistes et racisme imbriqué. Son engagement indéfectible pour l’égalité ne s’est jamais limité aux slogans. Il s’est forgé dans les squats parisiens, les collectifs féministes, les mobilisations contre les féminicides et les tribunes qui bousculent la scène politique. Cette militante franco-marocaine défend une égalité concrète, mesurable en droits, en budgets, en protection réelle.
De son arrivée à 17 ans à Paris jusqu’aux campagnes récentes du mouvement #NousToutes et de la #RelèveFéministe, son parcours raconte aussi l’histoire d’une décennie de luttes en France. En retraçant ses combats – pour les victimes de violences, pour les femmes voilées, pour les femmes trans ou les travailleuses précaires – se dessine un fil rouge : ne laisser personne au bord du chemin.
Un parcours marqué par l’exil, la précarité et la prise de conscience féministe
L’histoire de Fatima Benomar commence à Rabat, dans une famille de classe moyenne où son père, professeur de philosophie, lui transmet le goût du débat et de la pensée critique. Attirée par la culture française, elle fréquente très tôt l’Institut français et obtient un bac en arts plastiques, déjà tournée vers l’image et la narration. C’est cette sensibilité qui la pousse, à 17 ans, à s’installer à Paris pour étudier le cinéma à l’université Paris-Diderot.
Mais derrière le projet d’études se cache une réalité beaucoup plus rude. Entre emplois précaires comme intermittente du spectacle, graphisme et montage, elle se retrouve sans titre de séjour, puis régularisée, puis de nouveau sans papiers. Vivre dans un squat près de la gare du Nord, puis dans un squat féministe, ne relève pas d’un choix militant abstrait mais d’une nécessité vitale. Cette expérience de la précarité va nourrir une vision de l’égalité indissociable du droit au logement, à la dignité et à la justice sociale.
Des mouvements étudiants aux collectifs féministes structurés
Très vite, la jeune étudiante s’implique dans le syndicat Unef et participe à la contestation du Contrat première embauche en 2006. La découverte de l’action collective ne la quittera plus. En 2009, elle rejoint l’association Osez le féminisme !, dont elle intègre rapidement le bureau national, en charge des questions d’égalité professionnelle. Là, elle mesure combien les inégalités salariales, la précarité et les violences au travail s’entrecroisent.
En 2012, elle cofonde l’association Les effronté-es, qui deviendra l’un des visages les plus médiatisés du « nouveau féminisme » français. Ce collectif se caractérise par une parole directe, des actions symboliques fortes et un refus de séparer sexisme, politiques d’austérité et discriminations racistes. Cette approche préfigure déjà le féminisme intersectionnel qu’elle défendra ouvertement quelques années plus tard.
Une militante au cœur des grandes batailles féministes contemporaines
Les combats de Fatima Benomar épousent les grandes secousses féministes de ces quinze dernières années. Chaque mobilisation devient pour elle un levier pour passer du témoignage individuel à la réforme structurelle. Au fil des affaires, des chiffres des féminicides ou des débats bioéthiques, elle met en lumière un même angle mort : l’écart entre les promesses politiques et les moyens réellement alloués.
Pour mieux comprendre l’ampleur de son engagement, il suffit d’observer la diversité des fronts sur lesquels elle s’est battue, du droit à l’avortement à la lutte contre le cyberharcèlement.
Violences faites aux femmes : du Grenelle aux die-in de #NousToutes
Avec le collectif #NousToutes, dont elle devient l’une des figures marquantes, Fatima Benomar contribue à faire des violences sexistes et sexuelles une question politique centrale. Die-in place de la République, banderoles listant le nombre de femmes tuées par leur conjoint, interpellations directes d’Emmanuel Macron : la stratégie vise à rendre l’inaction impossible.
Lors d’une mobilisation, elle rappelle que dès la mi-octobre, le pays avait déjà atteint le nombre de féminicides de l’année précédente. Sa question est simple et brutale : comment espérer des résultats si les associations de terrain restent asphyxiées par le manque de financement et si 80 % des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite ? L’égalité, pour elle, se mesure en lignes budgétaires et en protection judiciaire effective.
De Jacqueline Sauvage à la #RelèveFéministe : briser l’omerta politique
Son engagement aux côtés de Jacqueline Sauvage, condamnée pour le meurtre de son mari violent puis graciée, marque un tournant symbolique. Elle souligne alors que, sans ce geste extrême, cette femme aurait sans doute rejoint la longue liste des anonymes assassinées. La grâce présidentielle sert alors de tremplin pour exiger une transformation profonde de la prise en charge des victimes et de la compréhension du trauma.
Plus récemment, la création de la #RelèveFéministe s’inscrit dans le même mouvement. À travers tribunes et conférences de presse, Fatima Benomar et des centaines d’autres militantes affirment que l’impunité des violences sexistes et sexuelles en politique doit prendre fin. Les affaires visant des responsables comme Adrien Quatennens ou d’autres figures de partis de gauche montrent, à ses yeux, que la crédibilité d’un camp progressiste se mesure aussi à sa capacité à affronter ses propres dérives.
Droit à l’avortement et PMA : un féminisme des droits reproductifs
Sur le terrain des droits reproductifs, Fatima Benomar fait partie des militantes qui refusent les demi-mesures. Dès le débat sur le mariage pour tous, elle défend une loi qui inclurait clairement l’adoption, la filiation et la PMA pour toutes. Quand les délais légaux d’accès à l’IVG sont jugés trop courts, elle signe le manifeste de 343 femmes réclamant leur allongement, puis soutient l’inscription de l’avortement dans la Constitution, en résonance avec l’annulation de Roe v. Wade aux États-Unis.
Sa position est constante : l’autonomie des femmes sur leur corps est un socle non négociable. Tant que ce droit dépendra de contextes politiques ou religieux changeants, les femmes resteront vulnérables aux retours en arrière.
Un féminisme intersectionnel : voilées, trans, précaires, toutes concernées
L’une des forces de l’engagement de Fatima Benomar réside dans son refus des hiérarchies entre femmes. Les hôtesses d’accueil du Tour de France, les femmes voilées, les femmes trans, les migrantes sans-papiers ou les victimes de cyberharcèlement deviennent, dans son discours, les révélateurs d’un patriarcat qui change de visage selon la classe sociale, l’origine ou l’identité de genre.
Plutôt que de disqualifier ces réalités comme « périphériques », elle les place au centre. C’est ce qui fait de son féminisme un outil de lecture du monde social autant qu’un projet politique.
Solidarité avec les femmes voilées et les femmes trans
Lorsqu’éclatent les polémiques sur le voile à l’école ou lors des sorties scolaires, Fatima Benomar choisit un angle clair : empêcher les mères voilées d’accompagner leurs enfants, c’est les désocialiser. En signant une tribune « Féministes, nous sommes solidaires avec les femmes voilées », elle pointe le paradoxe d’un féminisme qui prétend libérer des femmes en les excluant de l’espace public.
La même logique s’applique à son soutien aux femmes trans. Dans plusieurs tribunes, elle rappelle que ces femmes subissent, en plus de la transphobie, l’ensemble des violences patriarcales : difficultés d’accès au logement, à l’emploi, aux soins, risques accrus d’agressions et de féminicides. Pour elle, créer un débat sur la « place » des femmes trans dans le féminisme revient à détourner l’attention de l’ennemi principal : les systèmes de domination et de violence.
Harcèlement de rue, cyberhaine et sexisme ordinaire : transformer l’indignation en outils
Une scène cristallise la manière dont Fatima Benomar aborde le sexisme du quotidien. Harcelée dans la rue sous les yeux de trois policiers inactifs, elle choisit de transformer cette expérience en campagne nationale. Sa pétition pour la formation des forces de l’ordre au harcèlement de rue récolte plus de 180 000 signatures, donnant un visage aux milliers de femmes qui n’osent pas porter plainte ou ne sont pas prises au sérieux.
La campagne contre les hôtesses « potiches » du Tour de France suit le même schéma. En dénonçant la tradition qui veut que des femmes embrassent les vainqueurs sur le podium, elle affirme que les femmes ne sont pas des trophées. La pression médiatique et militante finit par faire évoluer l’iconique événement cycliste vers un duo mixte sur le podium, preuve qu’un symbole, bien ciblé, peut entraîner un changement concret.
Une vision globale de l’égalité : luttes sociales, écologie et justice
Derrière la figure médiatique, se dessine une constance : l’égalité ne se limite pas au genre. Les combats pour le logement, contre la précarité des sans-papiers, pour une justice climatique ou pour un monde du travail moins violent convergent dans sa pensée. Son association Coudes à coudes, par exemple, assume cette convergence entre luttes antiracistes, féministes et anticapitalistes.
Les lecteurs et lectrices qui suivent son parcours y trouvent un repère : celui d’un féminisme qui ne se satisfait pas de quelques figures emblématiques en poste, mais cherche à transformer les conditions de vie des plus vulnérables. C’est sans doute ce qui explique la résonance durable de ses prises de position dans le paysage militant français.
| Période | Engagement clé de Fatima Benomar | Enjeu d’égalité mis en avant |
|---|---|---|
| Années 2000 | Syndicalisme étudiant, mobilisation contre le CPE | Droits des jeunes, lutte contre la précarité |
| 2009–2013 | Osez le féminisme !, création des Effronté-es, livre « Féminisme : la Révolution inachevée » | Égalité professionnelle, visibilité du féminisme |
| 2016–2019 | Campagnes pour Jacqueline Sauvage, #NousToutes, die-in contre les féminicides | Lutte contre les violences conjugales et les féminicides |
| 2018–2023 | Manifestes pour l’IVG, PMA pour toutes, constitutionnalisation de l’avortement | Droits reproductifs et autonomie corporelle |
| 2019–2024 | Soutien aux femmes voilées et trans, #RelèveFéministe, mouvement #MeToo | Féminisme intersectionnel, fin de l’impunité politique |
Repères essentiels pour comprendre son engagement indéfectible
Pour saisir ce que représente le parcours de Fatima Benomar dans le paysage féministe, quelques points ressortent comme des balises fortes. Ils aident à lire ses prises de position, ses alliances, mais aussi les attaques qu’elle subit, notamment en ligne.
- Une expérience personnelle de l’exil et de la précarité : vie en squat, périodes sans papiers, luttes pour la régularisation qui nourrissent une sensibilité aiguë aux violences administratives.
- Un ancrage collectif constant : syndicats, associations, collectifs comme Les effronté-es, #NousToutes, #RelèveFéministe ou Coudes à coudes, plutôt qu’un parcours d’« experte » isolée.
- Une vision intersectionnelle assumée : défense conjointe des droits des femmes voilées, des femmes trans, des femmes migrantes, des travailleuses précaires.
- Un rapport exigeant à la politique institutionnelle : soutien puis rupture avec certains partis, tribunes pour dénoncer l’omerta sur les violences sexuelles, appels à des moyens budgétaires précis.
- Une capacité à transformer l’indignation en campagne structurée : pétitions massives, actions symboliques, interventions médiatiques, ouvrages comme « Un futur pour elles : la déclaration des droits des filles » qui projettent une égalité à construire dès l’enfance.
À travers ces fils conducteurs, l’« engagement indéfectible pour l’égalité » attribué à Fatima Benomar prend tout son sens : il ne s’agit pas d’une posture, mais d’une ligne de vie où chaque bataille s’inscrit dans une même quête de justice durable.